Une visite à l’hôpital ou à la clinique permet souvent de constater à quel point le système de santé s’adapte continuellement à l’évolution de la demande. Les patients doivent composer avec de longs délais d’attente pour les examens d’imagerie diagnostique ou les soins spécialisés, au moment où les services d’urgence et les services aux patients hospitalisés demeurent sous pression. Parallèlement, les gouvernements et les institutions investissent massivement dans les immeubles, l’équipement et l’entretien hospitaliers.
Une question importante se pose donc : dans quelle mesure les dépenses en immobilisations transforment-elles la capacité du système de santé au fil du temps?
Alors que les gouvernements et les institutions préparent les budgets de l’année prochaine, les données nous révèlent la mesure dans laquelle les dépenses actuelles consacrées aux installations, à l’équipement et à l’entretien auront une incidence sur la capacité du système dans les années à venir.
Les investissements ont presque doublé au cours des 10 dernières années
Exprimées en dollars courants, les immobilisations totales dans le secteur des soins de santé et de l’assistance sociale ont augmenté pour passer de 13,5 milliards de dollars en 2022 à 20,7 milliards de dollars en 2026, ce qui représente une croissance annuelle moyenne de 7,4 %.
La pandémie de COVID-19 a accentué cette tendance. En 2020, les dépenses ont augmenté de 21,9 % par rapport à 2019 pour se chiffrer à 11,1 milliards de dollars, vraisemblablement en raison des investissements d’urgence consacrés aux unités d’isolement, aux améliorations des systèmes de ventilation et à l’accroissement de la capacité. En 2021, un recul momentané de 1,2 % a été observé d’une année à l’autre, mais il a été plus que contrebalancé par les augmentations importantes enregistrées en 2022 (+23,8 % pour atteindre 13,5 milliards de dollars) et en 2023 (+20,2 % pour atteindre 16,3 milliards de dollars). La croissance s’est ensuite atténuée pour s’établir à moins de la moitié de ces taux en 2024 (+8,2 %), et les projections se sont établies à 20,0 milliards de dollars pour 2025 et à 20,7 milliards de dollars pour 2026.
Les dépenses en construction ont systématiquement représenté la part la plus importante des immobilisations totales (environ 70 %) : elles ont plus que doublé pour passer de 6,3 milliards de dollars en 2014 à 13,0 milliards de dollars en 2024.
Les dépenses consacrées aux réparations et à l’entretien ont également doublé au cours de cette période, passant de 2,2 milliards de dollars en 2014 à 4,4 milliards de dollars en 2024.
Les permis de bâtir témoignent d’une croissance après la pandémie
La valeur des permis de bâtir pour les hôpitaux témoigne de l’évolution des activités liées à la construction pendant et après la pandémie. La valeur des permis de bâtir pour de nouveaux hôpitaux a augmenté pour passer de 487 millions de dollars en 2018 à 668 millions de dollars en 2019, avant de diminuer fortement pour s’établir à 207 millions de dollars en 2020, en raison de l’incertitude liée à la pandémie, qui a freiné la planification.
La reprise a été remarquable. La valeur des permis s’est fortement accrue pour se chiffrer 2,4 milliards de dollars en 2022, puis elle a atteint un sommet de 3,0 milliards de dollars en 2023, avant de reculer pour s’établir à 2,0 milliards de dollars en 2024. Les données provisoires de 2025 indiquent une reprise qui aurait porté la valeur des permis à 3,4 milliards de dollars, malgré une baisse du nombre total de permis délivrés, ce qui laisse croire que les projets ont été moins nombreux, mais de plus grande envergure.
Les pressions liées à l’inflation affaiblissent le pouvoir d’achat
Bien que les investissements en capacité aient augmenté de manière substantielle, l’inflation a réduit ce qu’ils permettent d’acheter.
De 2020 à 2024, l’Indice des prix de la construction de bâtiments, qui mesure les prix demandés par les constructeurs, a affiché une hausse de 27,8 %. Concrètement, la construction d’une aile d’hôpital d’une valeur de 100 millions de dollars en 2020 aurait coûté environ 128 millions de dollars en 2024. Les prix payés pour les machines et le matériel pour les hôpitaux, les services de soins de santé ambulatoires et l’assistance sociale ont augmenté de 19,7 % au cours de la même période.
Par conséquent, les établissements de santé dépensent davantage simplement pour entretenir ou remplacer les infrastructures et l’équipement existants.
La technologie occupe une place de plus en plus importante dans le système
Le stock de capital total du secteur a augmenté pour passer d’environ 26 milliards de dollars en 2013 à près de 40 milliards de dollars en 2024. Bien que les immeubles représentent toujours la plus grande part des actifs, la part des machines et du matériel et celle des produits de propriété intellectuelle ont augmenté de manière plus prononcée que celle des immeubles, ce qui rend compte d’une transition vers des soins davantage axés sur la technologie.
Cette tendance s’observe dans l’adoption du numérique. Selon les résultats de l’Enquête sur l’utilisation des technologies numériques par les fournisseurs de soins de santé de 2025, 92 % des fournisseurs de soins de santé du Canada avaient accès à un système de santé numérique en 2024.
Parallèlement, la hausse des frais d’amortissement, qui sont passés de 1,6 milliard de dollars en 2013 à 2,8 milliards de dollars en 2024, met en évidence le coût croissant de l’entretien et du remplacement des infrastructures vieillissantes.
La demande continue de dépasser la capacité
Même si le produit intérieur brut du secteur des soins de santé et de l’assistance sociale a progressé de près de 20 % au cours de la période allant de 2021 à 2025, les pressions sur le système demeurent évidentes.
Selon les données de l’Institut canadien d’information sur la santé, le nombre de lits d’hôpitaux au Canada a augmenté d’environ 4,5 % de 2014 à 2023, alors que la population s’est accrue à un rythme plus de deux fois plus élevé (+12,7 %). Par conséquent, la disponibilité des lits d’hôpitaux a diminué pour passer de 261 lits pour 100 000 habitants en 2014 à 240 lits pour 100 000 habitants en 2023. Cette diminution a contribué à l’encombrement des services d’urgence, à des retards dans les admissions et à un nombre accru de patients restant hospitalisés en attendant d’obtenir d’autres types de soins.
La capacité des établissements de soins de longue durée a également du mal à suivre le rythme du vieillissement de la population, ce qui accentue la pression qui s’exerce sur les hôpitaux et contribue à allonger la durée des séjours des patients qui n’ont plus besoin de soins actifs.
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